28 jours

Voilà.
Je crois qu’on peut dire qu’on a franchi un cap toi et moi.
Aujourd’hui, mon application me dit que tu as 4 semaines. Pas 1 mois. 4 semaines. C’est précis. Ça me rappelle que tous les mois ne sont pas des multiples de 4 et de 7.Est ce que quelqu’un d’autre pense à ça en regardant son bébé de 28 jours, 4 semaines, un mois moins quelques jours?
Je pense à ça pour ne pas penser au reste aussi. À la trouille qui s’enfonce un peu plus dans mon ventre depuis quelques jours, à l’idée d’être seule avec toi.
A l’idée que notre bulle à trois vole en éclat.
Je sais qu’on fait parti des nouveaux chanceux, ceux qui ont 28 jours. Pas un mois. 4×7, 28 jours. Pas un de plus.
Mais ce matin, quand j’ai écouté le vocal que ton père a laissé pour toi sur mon téléphone j’ai pleuré. Et écouter le suivant, laissé pour moi, ne m’a pas consolé.
Et j’ai pensé, “Il a dû pleurer lui aussi, après avoir fini ses vocaux.” Alors je l’ai imaginé, dans le froid du matin de novembre, 7h, marcher vers le RER. Parce que ça fait 28 jours.
Je me suis interdis toute la journée d’être triste. Les gestes je les connais, ton sourire tes larmes je les connais. Les trucs pas importants que je n’arrive pas à gérer je passe au dessus. Oui mais voilà. Vers 16h tu fais sauter le vernis.
Pourquoi aujourd’hui? Pourquoi maintenant? Peut être parce que tu as 28 jours.
Peut être parce qu’il te manque à toi aussi.
Peut être parce que même si on est ensemble, on se sent seuls de lui. Alors tu pleures, et rien ne t’arrête. Et moi j’abandonne. Je te pose dans ton couffin, le couffin dans ta chambre, et je vais dans le salon. Je prends le livre, tu sais le gros, celui d’ Arnault Pfersdorff , et je lis en diagonale, à la recherche de ton chagrin. Mais rien.
Alors la mort dans l’âme, je reviens te chercher, et je fais sauter le vernis. Je pleure et tu te calmes. Tes grands yeux fixés sur moi. Plus de cris, plus de pleurs que les miens, silencieux. Ta tête qui s’éloignait de moi 5 minutes auparavant, dans la tension dont tout ton petit corps était capable, cette tête vient se blottir contre moi. Il y’a mes larmes dans tes cheveux, les tiennes sur ma poitrine. Je te murmure des pardons et des mots d’amour, je te dis qu’à moi aussi il me manque. Que je voulais être forte pour toi, mais la vérité c’est que je me sens seule, terriblement seule de sa voix, de ses bras qui te consolent quand les miens fatiguent, de son sourire. Qu’à deux on est mieux pour apprendre à s’occuper de toi.
J’attrape le porte bébé, je te cale bien dedans, et alors je lis l’heure sur le four. A travers l’odeur des cookies de noël, je réalise que notre bulle à trois n’a pas volée en éclat.
Je laisse couler les dernières larmes. Dans quelques minutes il sera là.


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