Premier trimestre de grossesse: angoisses, inquiétudes, joie, très grande fatigue et on recommence.

Je vous avais parlé parcours gynécologique, doutes, fausse couche occultée aussi.
Mais alors que je terminais mon dernier article sur le sujet, j’hésitais à vous dire à quel point tout allait très bien.

Le parcours

Cela me parait aujourd’hui encore très étrange. Très jeune j’apprends que l’endométriose existe. Pourtant ce n’est que vers 27 ans qu’on me fera les premiers IRM et écho pour vérifier que je ne suis pas touchée. Ces dernières années, le désir d’enfant je le vivais avec beaucoup de hauts et de bas. J’en parlais beaucoup avec mon mari, peut-être un peu pour essayer de croire qu’un jour, ce serait possible. Les examens, les flous comme réponses à mes questions. Les mots mal compris, peu expliqués. Et puis, comme une envie de rire et pleurer, quand le 7 décembre dernier, un médecin, prend enfin le temps de m’expliquer. Prend plus de 10 minutes pour me dire ce qui s’est passé. Pour lire mon dossier. Me dire que si, j’ai bien compris, maintenant je vais très bien. Il conclut avec cette phrase que je ne peux pas croire à ce moment-là.

« Vous allez avoir un très beau bébé madame. »

Alors bon, après tout ça, après l’opération pour la vésicule, les 3 ans de douleurs et de doutes, les peurs, les pleurs, je sors, un sourire qui s’étire jusqu’à mes pieds. Le 7 décembre, on me dit que ce sera possible, sans ambiguïtés. Je me dis que malgré tout ça prendra du temps. En France on compte 12 à 18 mois. Le médecin que je viens de voir me conseille de ne pas m’inquiéter avant 2 ans. 2 ans ça me parait long. Mais d’un autre côté j’ai le temps.

L’ironie de la vie.

Ma grand-mère m’en parlait, de l’ironie de la vie. Mais alors que pendant des années je pensais, j’étais même persuadée que ce serait long et difficile, voilà que fin janvier, le test dévoile une barre. Fluette. En réalité à peine perceptible si je ne place pas le test sous le néon au dessus de l’évier. Il est 23h, ma meilleure amie arrive le lendemain matin par le premier train et je ne l’ai pas vu depuis un an. Je jette le test en me disant que je verrais ça demain, je dois me faire des idées. Sur le chemin pour aller la chercher à la gare, j’achète un test. Vous savez le pas cher, celui qu’on achète un peu parce que « Bon je suis pas sure, mais je pense que non, mais bon je veux être sure, mais bon, j’ai pas envie de gaspiller 10 euros pour du pipi quoi. » Voilà, celui-là. Et puis ma meilleure amie arrive, on a tellement à se dire, on rentre à la maison, on déjeune mon mari part au travail et on continue notre vie. Et puis, un peu comme ça sans y penser, je lui parle du test, celui de la veille, fait à 23h après avoir bu beaucoup d’eau parce que « j’ai très soif en ce moment c’est bizarre d’ailleurs. »

Wait What?

Or de question de la faire patienter jusqu’au lendemain, non, non je ne peux pas la laisser comme ça dans l’attente elle doit savoir et puis moi aussi hein? Je me dis que c’est mieux d’attendre le lendemain, l’urine du matin tout ça.
« Balivernes. Ca marche aussi l’après midi après le retard de règle. Si, 2 jours ça compte. Allez zou. Ah mais en plus hier tu as fait pipi directement sur le bâton? Bah c’est peut-être pour ça que ça se voyait pas trop, c’était peut-être noyé! Ah si si, il ne faut pas faire pipi plus haut que la tige! »

*parenthèse: Qui a inventé ces tests? Sérieux? Ce sont des tests pour qui en fait? Qui vise parfaitement avec son jet de pipi sans en mettre un peu au dessus du truc? Vous êtes mes héroïnes.*

Un gobelet plus tard, je trempe mon bâtonnet dans le verre et attends le temps réglementaire. Bonne élève, j’attends, regarde la fenêtre test se colorer, puis le pose à plat, capuchon fermé, sur le carrelage des toilettes. Le temps de me rhabiller, c’est vrai qu’il a un peu changé mais bon. C’est faiblard, peut-être une erreur. Je le montre à ma meilleure amie qui elle n’a aucun doute. C’est positif. Lundi c’est prise de sang pour moi et puis c’est tout! Et en attendant, on va faire le tour des pharmacies pour en trouver des plus précis. Je n’étais pas certaine de mon affaire j’avoue mais je pensais attendre le lendemain pour vérifier. Au final j’ai fait 4 tests ce week-end-là.

Ils étaient tous positifs.

Bon et maintenant, l’annonce au mari me direz-vous? Il travaillait jusque minuit. Et oui, j’ai attendu le lendemain matin pour lui annoncer. Par contre, il a été réveillé très tôt, sans croissant le pauvre. Mais au fond de son café, une petite fleur en céramique. Cette petite fleur avait une douzaine de copines, montées sur aimants, que nous avions peintes ensemble et gardé précieusement pour annoncer, le jour où, la jolie nouvelle à nos proches. Alors, en découvrant la sienne dans la tasse, il savait. Ce qui n’a pas empêché une de ses plus jolies punchline de sortir.

« Tu es sérieuse? Tu es sérieuse? Bah… C’était facile! »

Eh oui, le pragmatisme avant tout. Et effectivement, moi qui pensais vivre une conception compliquée et une grossesse de rêve, jusque là… C’est plutôt le contraire ! Le premier mois démarre donc sur les chapeaux de roues. Je me doutais de quelques choses alors que j’étais à peu près enceinte de 5 jours. 3 mois avant cela, je m’étais réveillé un matin avec la conviction que j’allais bientôt avoir un enfant, mais sans trop savoir pourquoi je pensais ça. Et puis surtout, en me raisonnant beaucoup par peur d’être déçue. Et voilà que fin janvier, j’attrape une gastro. Rien d’étrange me direz vous pour cette période de l’année. Mais depuis petite, mes gastro durent 24h, à grand renfort de spasmes et vomissements (oui c’est team glamour ici), avant de disparaitre complètement. Cette fois, je vais voir le médecin le 4ème jour. Je ne suis pas sure, mais peut-être est-ce ça la gastro dont mes collègues m’ont parlé. La relou qui dure une semaine. Il confirme et me préconise le repos et des médicaments. Au mot « médicament », je tique. L’instinct peut-être.

« Mettez quelque chose compatible grossesse s’il vous plait. Je ne suis pas sure mais c’est bizarre. »

Il faut dire que je n’ai aucun spasme. Comme si mon ventre protégeait quelque chose. Voilà ce que je me dis. Et puis j’ai quand même drôlement envie de nectarine pour un mois de février. C’est bizarre non? Voilà ce que je dirais à mon mari et ma meilleure amie le week-end suivant, lorsque le test sera positif. Le taux de la prise de sang indiquera une grossesse d’un peu moins de 15 jours.

Et la descente commence.

Cela paraitra ingrat, contradictoire, triste. Mais ce taux, que j’ai rêvé de voir s’afficher pendant des années, je le trouve trop faible. Je me demande pourquoi. Côté calculs je pensais être vers la fin de la deuxième semaine, j’étais en réalité plutôt à son début. 48h plus tard le taux a plus que doublé. Cela m’a rassuré, au début. Dès que j’apprends cette grossesse j’arrête le CBD, qui m’aide à gérer mes angoisses. J’ai pu essayer un anxiolytique de fond avec ma psychiatre, mais qui s’est révélé inadapté pour moi. La dose pédiatrique minimale générait chez moi de gros troubles du sommeil. Toutes les angoisses contenues dans la journée se surdéveloppaient la nuit et je peinais à dormir 4h. C’était il y a plu d’un an maintenant, et suite à cela j’avais décidé de laisser une chance au CBD, qui s’était avéré très utile pour moi. Mes angoisses étaient toujours plus présentes mais je pouvais prendre de la distance, vivre avec.

« C’est déconseillé. On ne sait pas. Dans le doute c’est mieux d’arrêter. « 

J’arrête donc. Mes angoisses avec les hormones de grossesse. Ajoutez à cela un cerveau qui s’est absenté pour congé à durée indéterminée, la fatigue excessive d’un premier trimestre, les nausées peu violentes mais présentes toute la journée et des douleurs utérines et lombaires très fortes, qui me réveillent la nuit. Vous obtenez un cocktail détonnant.
Bien sur, j’ai eu peu de perdre cet enfant. Les douleurs surtout qui, même une fois rassurée par l’évolution du taux, restaient angoissantes. Jusqu’à appeler les urgences pour m’assurer que c’est normal. Bien entendu il faut passer pour vérifier, et comme le cœur n’est pas encore développé, seule la prise de sang peut nous en dire plus. Attendre, attendre… de savoir si il y aura un cœur pendant que le mien est ravagé par l’angoisse.

Et puis cœur il y a eu. Ce son. Ce son je pleure à son souvenir, je pleure à chaque monito, je pleure. Son cœur qui bat. Un cœur dans mon utérus. Il bat si vite ce petit haricot, c’est fou non? C’était logique alors d’être si fatiguée si lui fait tout aussi vite. A partir de là, je pense que tout ira bien. Tout ne peux qu’aller bien.

Si vous saviez toute la culpabilité qui m’habite encore en ce moment à ce sujet.
Dès le début du deuxième mois je vis en conflit permanent avec mes émotions. Mes bas sont très bas. Mes hauts, très hauts. L’intensité de mes émotions a été qualifiée de « au delà du seuil de supportabilité moyen » par le corps médical. Et j’avoue ne pas être en mesure de vous expliquer concrètement cela sans exemples.

Je ne peux pas traverser au rouge piéton sans être très stressée, et ce plusieurs heures après.

Je ne peux pas avoir une conversation avec une nouvelle personne, ou une conversation imprévue sans analyser cette conversation des jours durant après, vivant dans l’angoisse de m’être mal exprimée, d’avoir blessé, dit une bêtise, fait une erreur.

Je peux m’écrouler de fatigue après un dîner entre amis sans avoir rien eu d’autre à faire de la journée que de commander mon plat au serveur. Serveur que je ne connais pas. A qui il aura fallut parler. Dans un restaurant que je ne connais pas. Après un trajet en transports.

Je peux sembler très envahissante, parce que lorsque j’aime, j’aime sans réserve. J’aime entièrement. Je ne cacherai pas mon enthousiasme pour un projet ou une personne si je les trouve intéressant.e.s. Cet emballement peut durer indéfiniment, sans jamais faiblir. J’ai en moi la capacité d’émerveillement d’un enfant et tout ce que cela comporte de beau et d’épuisant.

Alors, dès le début du deuxième mois, j’oscille entre la joie extrême. L’envie de l’annoncer à tous. Pour 3h après, sans raison aucune, pouvoir passer le restant de la journée figée devant le miroir à me demander si je veux garder cet enfant.

« D’ailleurs, si je peux me poser cette question sans sourciller, sans rien ressentir d’autre que ce vide, c’est que je n’en veux pas. »

A ce moment là, je vais de passer trop près des médecins, des hôpitaux. J’ai peur de passer à l’acte. Cela durera un peu plus de deux mois, pendant lesquels chaque examen me laissera épuisée par l’hyper vigilance dans laquelle je suis vis à vis de moi-même.
Très angoissant également, les imprévus. J’entends déjà les rires sous les capes. « Comment ma bonne dame? Vous allez devenir maman et n’aimez pas les imprévus ? » Remettons les choses en place. Qui aime les imprévus? Je veux dire, tous les imprévus? Et je dois avouer, que ce bébé est un imprévu. C’est un imprévu prévu. C’est un enfant désiré. Mais on pensait que ça prendrait du temps. Voilà. Une majorité des témoignages que j’ai entendu, parle d’une attente plus longue que prévue. Pour nous ça a été l’inverse. Nous nous sommes tellement dit que nous avions le temps. Le corps médical nous disait de ne pas nous inquiéter avant 2 ans d’essais. Alors bon, on y allait tranquillement. Et ça semblera terriblement injuste à certains couples qui attendent, mais c’est notre réalité, ce bébé est arrivé vite, plus vite qu’on ne l’imaginait, et ça nous a déstabilisé. Tout en mesurant notre chance de ne pas souffrir une attente interminable, j’étais désarçonnée de ne pas avoir à attendre, puis essayer des traitements, etc. Pendant mes deux ans de suivi gynéco, je m’y étais préparé. Tellement, je pense, que pour moi il était impensable que tout fonctionne simplement. Peut-être qu’une part de moi pensait ne pas avoir le droit.
Alors oui, il faut le dire, un bébé qui arrive rapidement sans qu’on s’y attende, nous perturbe autant qu’il nous comble de joie. Les montagnes russes émotionnelles de la grossesse.

Comment gérer?

Franchement, à toi qui me lis, si la gestion de tes émotions est un soucis, je te dirai : « Je suis désolée, je n’ai pas de recette miracle. » Je galère, franchement. Pendant toute la fin du premier trimestre, j’ai opté pour un cloisonnement extrême des émotions. Je suis très bonne à cet exercice. Je mets tout dans une jolie boîte, bien rangée, en sachant que lorsque je choisirai de l’ouvrir, je paierai le prix fort.
J’essaie de l’ouvrir régulièrement, les jours fériés de mai ont été un bonheur en ce sens. Mais je ne le recommande pas. Dans les conséquences que j’observe, il y a un certain détachement de la grossesse. Certaines femmes parlent d’avoir vécu dans une bulle pendant la grossesse. Je fais le contraire, je mets ma grossesse dans une bulle pour rester parmi le monde. Cela me coûte que je ne me suis pas sentie connectée à ce bébé jusqu’à il y a peu.

Quid d’aujourd’hui, quand je termine d’écrire ces lignes?

L’article sur le deuxième trimestre répondra à cette question, complètement. Disons seulement que cela va mieux. Mes émotions et moi-même c’est une longue histoire et je mesure chaque jour la chance que j’ai d’être accompagnée, écoutée. D’avoir un mari qui se projette énormément, s’investi tout autant. Ne pas vivre cette grossesse seule, c’est ce qui m’aide le plus. J’en profite pour parler de Bliss, à celles et ceux qui seraient passé à côté. Bliss Stories est , au départ, un podcast hebdomadaire qui nous permet d’entendre d’autres histoires de maternité. Mais c’est depuis peu bien plus que ça. Il y a tout un programme d’accompagnement à la grossesse qui est également disponible. La créatrice du podcast regorge d’idées et a même développé un kit post partum. Bref, vous aurez compris que Bliss fait partie de ces intérêts pour lesquels mon emballement ne diminue pas. Je me fais parfois l’effet d’une de ces fans coréenne devant son boys band préféré. Mais que voulez-vous, se passionner pour la transmission du savoir c’est finalement assez logique pour une enseignante.

Hop Hop Hop! Et l’annonce ?!

Shame on me, j’ai failli oublier quand même ce moment magique. Dans notre cas, il y’a eu plusieurs moments. Nous avions anticipé ce moment il y a quelques mois déjà. Lors d’un atelier chez Biscuit Atelier, je repère de petites fleurs à peindre. Avec François nous avons donc sélectionné une dizaine de ces miniatures et une fois peintes et émaillées, nous les avions montées sur aimants et conservées dans un petit sac en tissu que je promenais sur moi dès que nous partions en week-end voir notre famille. Au cas où.
La hasard aura voulu que nous ne soyons jamais avec eux au moment opportun.
Alors nos familles ont reçu une petite carte avec une devinette sur la couverture: « Qui suis-je? ». La carte était scellée par de la cire sur laquelle nous avions posé un petit aimant-fleur. Lorsque le cachet était descellé et la carte ouverte, la réponse apparaissait.
« Une nouvelle petite fleur arrive en octobre »

Parler de fleurs, dans une famille de roses, c’était tout de même trop tentant…

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